Fondements du nu

FONDEMENTS DU NU


Le corps comme reflet de la réalité, métaphore existentielle et plastique.


Le corps comme passage par les étapes de l'enfance, de la jeunesse, de l'âge adulte et de la vieillesse. Ses extrêmes de minceur ou de corpulence.


Le corps comme support de l'individu et frontière ouverte de son rapport au monde.


Le corps qui confère à l'être une vulnérabilité, c'est-à-dire: son identité temporelle et fragile, son exposition sans défense.


Le corps en tant que volume, sa dimension spatiale.


Le corps en tant que perception symbolique.


Les corps, en se montrant, m'inspirent différentes formes d'amalgames, d'unions qui font vibrer les objets. En les assemblant, je recherche des équilibres avec la matière, je joue avec l'imprécision de la vie et de la mort, je renouvelle l'inerte en y ajoutant des figures humaines.


Réinterpréter et renforcer la proposition initiale des nus par l'exposition multiple, la surexposition, l'impression segmentée, la taille-douce, etc.  constitue un style et des manières de reconnaître mon travail.

Je dispose d'une vaste collection de photos de maisons, d'édifices et de textures que j'ai prises au fil de mes promenades dans les quartiers de Santa María, de la Roma, de la Escandón, de la Condesa et du Centre historique. Les formats originaux de la première et de la deuxième période de mon oeuvre sont de 11 X 14 pouces; je transpose les photos analogiques sur du papier à fibres et les numériques, sur du papier de coton et sur la toile. 


Mon évolution artistique se construit dans le temps ; je change de technique mais je réaffirme ma position esthétique.


Nostalgie. Je reprends d'anciennes propositions où les corps semblent être plus à l'aise, je pense aux déesses néolithiques évocatrices de la fertilité et de l'abondance, aux baigneuses de Renoir et aux nus de Modigliani, qui sont divertissement musical.  Je fouille la mystique, qui a à voir avec l'univers et la contemplation érotique.


Parmi mes influences se trouve aussi la vision anthropocentrique des Latino-américains et son inévitable correspondance entre le cosmos et le corps humain, par laquelle je ratifie la manière dont je perçois le monde.


Je m’intéresse aux nus qui respirent et palpitent, êtres réels, ni stéréotypes ni mannequins. Je cherche des histoires corporelles avec leur épaisseur, des figures humaines exposées au temps, à la lumière et aux ombres, vieillies par la rouille et intégrées aux murs, métamorphosées avec le fruit ou comme structures originaires et géométriques.


Pendant de nombreuses années, j'ai senti que le nu était la seule forme d'expression de mon essence d'auteur, de ma recherche plastique et de mes expériences quotidiennes. Maintenant je sais que j'exprime ma manière de percevoir dans chaque photo que je prends.


Le corps est un thème originaire et primordial ; photographier des nus, c'est entrer dans l'intimité et observer. Avec les personnes que j'ai photographiées nues, je cherche les moments où elles se déploient, exprimant leur manière d'entrer en contact avec la terre, une forme où leur centre et mon intérieur se rejoignent.


En étant derrière l'appareil photo, je suis là où je me sens le plus  à l’aise et où je peux exprimer mes pensées et mes émotions.


Sentir l'absence, changer l'angle de vision, donner une pause, c'est pour moi réévaluer et recréer la réalité.


Comme le tronc, les branches sont des mains,

la cime est chevelure, l'écorce est peau,

le bois est chair

Códice Vaticano Latino (1)



(1) Cité par Alfredo López Austin, Cuerpo humano e ideología, UNAM, Mexico, 1989.